Sainte-Anne-sur-Brivet

04/05/2016
France

L'accident

Le 5 avril 2016, des travaux de terrassement pour l’enfouissement de lignes électriques sur la commune de Sainte-Anne-sur-Brivet, au lieu-dit Tragouët, provoquent une fuite accidentelle sur le pipeline reliant la raffinerie de Donges (Loire-Atlantique) au dépôt de Vern-sur-Seiche (Ille-et Vilaine). Une quantité estimée à environ 400 m3 de gazole additivé (EMVH – Ester Méthylique d’Huile Végétale) s’en échappe et affecte une zone d'habitations puis le milieu naturel.

Sainte-Anne-sur-Brivet -Dispositif préventif sur le ruisseau en aval du site
Sainte-Anne-sur-Brivet -Dispositif préventif sur le ruisseau en aval du site

Empruntant d’abord des fossés routiers, le polluant atteint un ruisseau qui alimente successivement deux étangs privés bordés de milieux humides puis se dirige vers la confluence avec le Brivet, située à environ 3 km en aval, et qui draine les marais de Brière et représentent un fort enjeu environnemental.

Les pompes du pipeline ont été arrêtées dès la baisse de pression enregistrée et le tronçon du pipeline isolé suite au signalement de la localisation de la fuite par l’entreprise. Le plan d’opération interne (POI) de la raffinerie est activé, les pompiers de la raffinerie et un véhicule d’intervention sont immédiatement mobilisés tout comme le SDIS 44. Des moyens de pompage et d’isolement sont acheminés sur la zone de la fuite et des mesures de confinement sont mises en place sur les étangs pour bloquer la progression du polluant vers l’aval.

La cellule de crise constituée dès les premières heures, sous l'égide de la préfecture de Loire-Atlantique mobilise ses services qui mettent en œuvre rapidement des mesures de sauvegarde et de protection des populations :
• évacuation des habitants d’une dizaine de maisons polluées en
bordure de route,
• bouclage de la zone et interdiction de circulation,
• interdiction préventive de la consommation en eau (réseaux et puits),
• interventions et suivi particulier liés à la pollution de maisons, de plusieurs puits, de jardins et de dispositifs d’assainissement individuels (fosses septiques, etc.),
• diverses interventions au niveau de la source de pollution sont immédiatement entreprises ;

Lutte antipollution

En parallèle de l'intervention immédiate menée par les pompiers de la raffinerie de Donges et du SDIS 44, Total mobilise ses sociétés expertes de la lutte anti-pollution et mandate deux sociétés d’intervention spécialisées dès le premier jour.

Des chantiers de lutte antipollution sont mis en œuvre spécifiquement pour les trois types de secteurs affectés : les fossés, les étangs et milieux humides périphériques, les ruisseaux. Au plus fort des opérations de dépollution, 200 personnes intervenaient chaque jour.

Les fossés

L'accident ayant eu lieu en bordure de route, le gazole additivé s’est accumulé et a circulé sur plusieurs centaines de mètres de fossés routiers. Au niveau du village, ils sont purgés à l’aide de camions à vide, puis curés. En aval, pour éviter le curage, faciliter l’autonettoyage et ralentir la progression de polluant résiduel vers les étangs, les petites accumulations de polluant à la base de la végétation sont pompées. Des absorbants et barrières filtrantes sont disposés tout le long du linéaire de fossés qui, dans un deuxième temps, fait l’objet d’opérations de rinçage
et de récupération du polluant pour compenser la faible pluviosité durant la période d’intervention.

Sainte-Anne-Sur-Brivet - Récupération dans la zone d'accumulation aval
Sainte-Anne-Sur-Brivet - Récupération dans la zone d'accumulation aval

Les étangs et milieux humides périphériques

Ils constituent la retenue la plus importante sur le trajet de la pollution. Dans la partie aval des étangs, de très fortes accumulations se concentrent au niveau des digues et des déversoirs suite à la fermeture de l’ouvrage de l’exutoire pour bloquer la progression du polluant. Dans les jours qui suivent le déversement, la couche de gazole flottant à la surface s’élève à plusieurs centimètres dans ces zones. Les chantiers les plus importants en moyens humains et matériels y sont déployés.

Lors de la phase de nettoyage grossier, des chantiers de confinement, pompage, stockage et transfert sont constitués. Le confinement est réalisé à l’aide de barrages flottants légers doublés de barrages absorbants manufacturés (principalement boudins à jupe, boudins simples et feuilles), de talus busés et de bottes de paille. Pour le pompage à partir des berges, des écrémeurs à seuil, couplés à des pompes à membranes, sont d'abord mis en œuvre. Ils sont ensuite remplacés par des récupérateurs oléophiles (à disques et à tambours cannelés) associés à des pompes à vis centrifuges dont l'ensemble est moins sensible aux débris végétaux souillés et plus sélectif. Cela permet ainsi d’optimiser les volumes récupérés en ne collectant qu’un faible pourcentage d’eau. En effet, le long des berges boisées et inondées de l’un des étangs, l’accès impossible pour des camions hydrocureurs et l’espace très restreint pour l’aménagement de stockages intermédiaires, ont nécessité la mise en place de lignes de transfert flottantes sur un linéaire important pour évacuer le polluant vers une zone accessible.

Durant le nettoyage fin, le travail dans les étangs est rendu difficile par la complexité de la morphologie des berges et la densité de la végétation (boisements humides, prairie humide, roselière), avec notamment la présence d’une étendue remarquable de végétation à prêles fluviatiles en amont de l’un des étangs. Afin de remobiliser le polluant piégé dans la végétation des berges sans dégrader le milieu ou risquer d’enfouir le polluant, un dispositif de rinçage basse pression est mis en place pour entraîner le polluant vers les points de récupération présents sur l’eau libre. Le rinçage s’effectue soit à partir du plan d’eau depuis des embarcations à l’aide de jets moyenne pression,
soit à partir des berges par déluge de jets en pluie (tailles de gouttes et portée variables). Le dispositif est complété par un flux d’eau basse pression au niveau du sol au moyen de rampes percées. En parallèle, le débit du ruisseau qui draine la zone humide du premier étang est renforcé par pompage dans l’étang (100 m3/h) et réinjection en amont. Le polluant résiduel ainsi remobilisé est récupéré sur le plan d’eau à l’aide de récupérateurs, par chalutage et ponctuellement par aspirateurs à eau. Dans les zones d’accès difficile, il est poussé vers les berges par du personnel en waders dans l’eau et équipé de soufflantes pour être ensuite récupéré ou piégé à l’aide d’absorbants flottants. Quelques zones souillées nécessitent un grattage manuel superficiel (digues des étangs) ainsi que la coupe, localement, de certains végétaux souillés.

Les ruisseaux

Que ce soit en amont des étangs, entre ces derniers ou en aval vers le Brivet, les ruisseaux font l’objet de multiples installations de barrages absorbants en surface ou de barrières de filtration de la colonne d’eau. Les absorbants manufacturés en boudins ou feuilles alternent ou complètent des barrières à façon réalisées à l’aide de grillages et d’absorbants en vrac ou de bottes de paille. Que ce soit dans des zones faciles d’accès, comme les ponts, ou dans des berges boisées peu accessibles, ces installations nécessitent un entretien très régulier pour garantir leur efficacité. En parallèle, une collecte manuelle des déchets végétaux pollués et du film gras est effectuée.

Sainte-Anne-Sur-Brivet - Dispositif de contrôle de niveau et de confinement du polluant au déversoir du premier étang
Sainte-Anne-Sur-Brivet - Dispositif de contrôle de niveau et de confinement du polluant au déversoir du premier étang

Les difficultés liées au site

La régulation du niveau d’eau dans les étangs pose un double problème dans les premières semaines car il s’agit :
• d’une part, par la mise en place de moyens de pompage conséquents - quatre pompes centrifuges à haut débit et la mobilisation d’une équipe d’astreinte 24h/24, d’éviter une surverse de polluant en cas de débordement de l’étang aval lors d’un fort épisode pluvieux,
• d’autre part, de limiter la baisse du niveau des plans d’eau afin d’éviter la souillure des berges en prolongeant la phase de récupération de polluant flottant.


Les changements d’orientation du vent nécessitent la mise en place de plusieurs zones de récupération et le réajustement fréquent des dispositifs de confinement pour éviter la re-contamination de zones déjà nettoyées.


Compte tenu de la fragilité du milieu et des difficultés d’accès, la canalisation et la minimisation du trafic (transport des moyens et circulation des personnels) nécessitent un effort particulier en termes de balisage, de réalisation et de consolidation de passages (passerelles…).

Sainte-Anne-Sur-Brivet - Rinçage de la prairie et des roselières par déluge (jets en pluie) pour repousser le polluant vers l'eau libre.
Sainte-Anne-Sur-Brivet - Rinçage de la prairie et des roselières par déluge (jets en pluie) pour repousser le polluant vers l'eau libre.

La sensibilité environnementale

Les étangs, milieux humides rivulaires et ruisseaux constituent une mosaïque de milieux d’intérêt écologique qui justifie la mise en œuvre de mesures de précautions lors de l’intervention et qui oriente les choix techniques (en particulier la mise en œuvre d’importantes opérations de rinçage).


L’Onema (devenu depuis l'OFB) réalise les premiers constats de contamination ou de mortalité de la faune tout au long de la période d’intervention (en particulier sur les invertébrés aquatiques, les amphibiens, les poissons et l’avifaune) ainsi que les premiers relevés de flore. Un système de tuyaux flexibles percés, alimenté par de l’air comprimé, est mis en place afin de parer à d'éventuelles déplétions en oxygène.

Concernant la flore, on observe une brûlure provoquée par le passage des hydrocarbures sur les parties aériennes de certains végétaux aquatiques, en particulier les prêles qui colonisent la queue d’un des étangs. Aucune intervention de fauche n’est préconisée pour éviter le piétinement des racines et après quelques semaines, de nouvelles pousses apparaissent tout comme chez d’autres espèces de la roselière. On observe également le développement printanier de la flore aquatique. Les mortalités observées sont limitées à certaines touffes de joncs qui constituent un piège à polluant.

L’évaluation et le suivi de la contamination

Très rapidement après la pollution, des réseaux de mesure sont mis en place afin d’évaluer le degré de contamination de l’environnement. Ces mesures sont réalisées sur l’eau (rivière, étangs et puits) et les sédiments, mais également dans l’air au niveau des habitations directement impactées par la pollution. La qualité de l’eau délivrée par le réseau d’eau potable est également vérifiée. Les analyses portent sur les teneurs en hydrocarbures totaux, HAP (Hydrocarbures Aromatiques Polycycliques) et COV (Composés Organiques Volatils).


À l’issue de la période d’intervention, ce réseau de mesure est complété et renforcé afin de constituer un suivi environnemental post-pollution complet afin d’évaluer la dynamique de restauration spontanée du milieu et des différents compartiments touchés : sédiments, eaux superficielles (analyses chimiques et indices biologiques), macro-invertébrés aquatiques (indice biologique global normalisé), peuplement piscicole, amphibiens, odonates, oiseaux et végétation.

Il ressort de ces suivis, que dès la fin de l’année du déversement (2016) dans les eaux des ruisseaux puis dans celles des étangs les teneurs en hydrocarbures n’étaient plus décelables ou très faibles, les sédiments étant eux, encore localement contaminés dans les secteurs de collecte le long des digues où se sont concentrées les plus grosses accumulations d’hydrocarbure et le piétinement des intervenants. L’impact sur la faune et la flore a été peu significatif et localisé, le milieu étant initialement naturellement contraint par les fortes variations de niveaux et l’assèchement estival d’une partie du cours des ruisseaux.

En 2017 les suivis montrent un retour à la « normale » par rapport à ce qui était attendu dans ce type de milieu et la présence de deux espèces emblématiques, une libellule, l’Agrion de Mercure et la loutre. Cependant pour permettre aux propriétaires de retrouver un usage complet de leur site (notamment la pêche), les étangs ont été mis en assec fin janvier 2018 et les sédiments ont fait l’objet d’une campagne de prélèvements et d’analyses ayant débouché, au mois d’octobre suivant, sur un curage localisé sur environ 600m2 et 20 cm d’épaisseur. L’abondante végétation terrestre qui s’était développée durant cet assec a été fauchée. A la suite de ces opérations les étangs ont été remis en eau puis ré-empoissonnés début 2019.

Deux ans et demi après l’accident, plus de 5000 tonnes de terres polluées situées au niveau des habitations ont été excavées et remplacées par des terres saines. Les terres polluées ont été traitées sur le site de la raffinerie de Donges en vue de leur réutilisation.

Les travaux de dépollution se sont achevés fin 2017 au niveau des habitations et en octobre 2018 au niveau des étangs.

En 2019, le tribunal administratif de Nantes a rejeté la requête de l’entreprise ayant mandaté les travaux qui voulait être exonérée de toute responsabilité alors que deux amendes administratives de 1 500 Euros avaient été infligées par la Préfète de Loire-Atlantique.

Le Rôle du Cedre

Mobilisés dès le premier jour par la préfecture de Loire-Atlantique, plusieurs agents du Cedre se relaient durant toute la durée des opérations pour assister les services de l’État - notamment l’Onema (devenu depuis l'OFB), le SDIS 44, la DREAL - et Total chargés de la coordination des travaux, mais également les sociétés mobilisées pour le nettoyage.

Le Cedre fournit son expertise en termes de reconnaissance, de recommandations sur la mise en œuvre de techniques et de matériels de dépollution adaptés, de suivi de chantier, de conseils sur la prise en compte de la sensibilité environnementale du milieu. Des campagnes de prélèvements et d’analyses sont également réalisées.
Par ailleurs, le Cedre assiste la mairie de Sainte-Anne-sur-Brivet dans ses actions de communication et d’information des habitants de la commune.

Dès les premières heures de la pollution, un chimiste du Cedre se rend sur le site afin de répondre aux questions qui se posent rapidement sur la nature du produit, son comportement et sa persistance dans l’environnement. Plusieurs missions sont ensuite organisées afin de suivre, chiffres à l’appui, l’évolution de la contamination de l’eau et du comportement du produit.
Ainsi, en complément des prélèvements réalisés régulièrement par les agents du Cedre impliqués sur le terrain et des analyses menées dans notre laboratoire, deux missions sont réalisées avec utilisation de matériel analytique mobile au plus près du lieu de la pollution.

Pour l’une, le travail a consisté à lever le doute sur la nature de particules orange en suspension dans l’eau.

La seconde mission, initiée dès que le plus gros de la pollution a été retiré des étangs, a eu pour objectif de dresser un état des lieux du niveau de concentration en HAP dans l’eau des étangs et ruisseaux. La technique d’extraction et de dosage SBSE (Stir Bar Sorptive Extraction) des HAP a confirmé son intérêt dans le cadre des missions de terrain.

Le Cedre a ensuite été en charge du suivi de la contamination des sédiments dans le cadre du suivi environnemental, le laboratoire du Cedre a notamment pu discriminer les hydrocarbures d’origine biogénique naturellement présents dans les sédiments organiques des fonds d’étang et les échantillons qui présentaient une contamination résiduelle liée aux hydrocarbures déversés.

Il s’agissait de la première fuite significative de biodiesel sur laquelle le Cedre intervenait, qui a permis d’observer un comportement particulier lors du vieillissement du produit avec progressivement séparation de phases, formation d’un surnageant huileux et d’agrégats collants qui ont induits des difficultés techniques pour la collecte sur les étangs. Le Cedre a profité de ces observations pour approfondir sa connaissance et réaliser dans les années suivantes des tests de comportement de biodiesel dans son Polludrome®. Tests qui ont confirmé le comportement observé en milieu naturel.

Spill areaInland waters
Pollutant typegazole additivé (EMVH – Ester Méthylique d’Huile Végétale)
Quantity spilledestimée à environ 400 m3

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